22 juin 2009
On vous rappellera (ou pas)
Yep!
Vu le titre et la musique, tu te doutes bien que je vais te parler d'échangisme.
Ou de recherche d'emploi. Tout ça parceque c'est la fin de l'année, et que j'en connais qui rentre en phase de transition. Alors je vais t'en parler de mon point de vue, c'est celui que je préfère connais le mieux.
Au début de l'histoire, t'as eu ton bac par miracle. Après, comme t'étais pas plus con qu'un autre, t'as voulu faire des études, histoire de passer le temps, et éventuellement d'avoir un diplôme. Alors tu passes 4 ou 5 ans pendant lesquels tu fais de belles rencontres, d'autres moins belles, de belles expériences (un stage dans grand quotidien national), de moins belles expériences (soirées étudiantes en boîte, que tu te rappelles plus comment t'as fini la soirée), bref, 4 ou 5 ans qui te rendent alcoolique adulte. Et puis après ta licence, obtenue allègrement (ce qui défie toutes les lois mathématiques de la logique), tu te sens pas encore près à te lancer dans la foire aux bestiaux sur le marché de l'emploi. Parceque t'as encore un peu envie d'en profiter, parceque la vie active, franchement, quand t'as passé 20 ans à voir tes parents rentrer pépères le soir, ça te donne pas envie...
Alors tu t'inscris à un concours que t'as aucune chance d'avoir, mais que ça te prolonge ton statut de deux ans. Deux ans pendant lesquels tu grandis encore, pendant lesquels tu deviens presque intelligent et presque plus alcoolique. Tu passes même à deux doigts (t'aimes cette expression, hein, coquine) de l'avoir cet enculé de concours. Mais y'a pas d'acte manqué, paraît-il...
Et puis il faut se rendre à l'évidence, tu peux pas aller plus loin (à moins de passer sa vie à vivotter de bourses d'études en jobs précaires). Tu commences à avoir des besoins financiers tels qu'il devient indécent de rester dépendant de ses parents, t'as simplement besoin d'indépendance. Et tu te sens enfin près à tous les niquer chercher un boulot.
Mais avant de chercher un boulot, faut déjà que tu passes par la case chômeur, case que tu comptes bien sûr pas occuper trop longtemps. Mais le système est fait de telle manière qu'entre toutes les démarches d'inscriptions, de renvoi des pièces, de "mais monsieur, vous avez travaillé deux heures en intérim, ça vous fait changer de catégorie", de "ah non, vous habitez au centre ville, mais votre agence, c'est pas celle du centre-ville, c'est celle en périphérie", et autres aventures extraordinaires infantilisantes au possible (que certain d'entre-toi connais sûrement par coeur), ben tu passes 2 mois avant de pouvoir envisager de regarder les offres d'emploi. Me reviens l'image de la fille-mère en pleurs à côté de moi face à tant de complexité, juste pour pouvoir faire un boulot de merde qui lui permette de nourrir sa fille, une image de désolation que j'en ai encore des frissons...
Après, tu commence à répondre à des offres, avec des exigences, parceque merde, t'es quand même pas n'importe qui. Que plus ça va, plus tu te rends compte que si tu veux un job, faut que t'assimile que si, t'es n'importe qui. T'envoie, t'envoie, t'envoie, des CV à la pelle et des lettres dont tu ne fini par changer que le nom du destinataire.
Et t'attends. Encore, encore, encore.
Et pour patienter, tu pars une semaine en rando, parceque ces cons peuvent bien attendre une semaine, t'as bien attendu 2 mois. Une semaine de rêve, la crête des vosges, loin du monde, loin des douches et autres considérations sociales.
Sauf que la foire aux bestiaux te rattrape au bout de 5 jours. T'es convoqué en entretien le lendamain. Heureusement, c'est chez toi, donc pas trop loin. Mais ça te fait un peu chier quand même, ça te bouffe tes vacances. Alors tu dors (mal et peu) dans un abri en bois, tu te tape 2 heures de bagnole pour 15 minutes d'entretien, tu passes chez toi prendre une vague douche mais tu prends pas le temps de te raser, et tu va à ton entretien, avec encore l'image des sentiers en tête. T'arrives à l'entretien:
"Bonjour monsieur Larsen"
"B'jour"
"Asseyez-vous, je vous en prie"
"Yep"
"Bon, alors, parlez-nous de vous"
"(Ben là, j'étais dans les vosges, et j'ai qu'une envie, y retourner, alors si on pouvait faire vite, ça m'arrangerait) Bla bla, j'ai 4 ans et j'suis content, bla bla"
"D'accord, alors......
(ellipse narrative)
.... Merci monsieur Larsen, on vous rappelera"
"(ouais, c'est ça, vu la gueule que j'avais, mon esprit ailleurs et mes blagues pourries, j'ai encore bien fait de venir)"
1h plus tard, coup de fil. (qué? j'ai oublié ma veste là-bas?)
"oui bonjour monsieur Larsen, nous avons été très impressionnés par votre expérience, vous sembiez à l'aise et vous avez selon nous les qualités requises pour le poste. C'est vous qui êtes pris"
"Euh.... Merci"
(quoi, un stage de deux mois à Libé, des blagues merdiques et pas une once d'implication dans la discussion, et une manière de bosser complètement incongrue, ils sont cons ou drogués?)
C'était il y a trois ans jour pour jour. L'un de mes rares entretiens d'embauche. Pour ne pas dire le seul vrai, avec des vrais DRH et une secrétaire qui t'introduit (non, il ne s'est rien passé de salace, vicieuse). Que comme j'étais ailleurs, j'ai pas eu le temps de flipper. Que j'ai été moi-même, aidé par 5 jours de rando. Que j'étais semble-t-il naturel, que j'ai osé l'humour, que j'ai participé à ce qu'il y aie conivence entre moi et le "jury", parceque je ne mettais pas d'enjeu dans cet entretien, surtout.
Encore aujourd'hui, je reste persuadé que c'est au moins autant l'entretien que mes capacités professionnelles qui font que j'ai eu ce boulot. Et je me félicite chaque jour d'avoir été en rando juste avant.
Alors je crois qu'avant un concours, une épreuve, un entretien, au lieu de te ronger les doigts jusqu'à l'os (je l'ai fait aussi, souvent et sans bénéfice autre que d'avoir sauté un repas), tu peux arriver en vrac du moment que tu triches pas, que tu fais pas ce que tu penses qu'on attends de toi, et que juste avant, tu as fait quelque chose que tu aimes pardessus tout, tu mets plus de chances de ton côté.
Allez, bon courage si tu passes le bac (oh, jouvencelle lycéenne tout juste majeure, je sais que tu me lis en cachette de tes parents).
Et bon courage à tous ceux qui changent de situation.
A tantôt
Commentaires
Bin merci alors !
J'aurais pu ecrire un truc dans le style =) Du coup j'mettrai un lien sur cet article j'crois !
Merci pour quoi? Ca t'as aidé à déchirer tes entretiens?
"Et bon courage à tous ceux qui changent de situation."
Donc Merci puisque je considère en faire partie.
ah! oh tu sais, c'était juste une formule de politesse, j'en pensais pas un mot :-)
m'est arrivé exactement la même chose, dis donc. si c'est pas dingue, ça ...
Complètement dingue, même!
A quel moment? La rando, le chômisme régressif ou les études éthyliques?
la complète, mon bon, la complète !! sauf que c'était pas une rando dans les vosges mais un voyage un peu plus lointain.
