Le croiser hier dans la rue a été un réel plaisir, comme une sphère d'eau fraîche dans cette moiteur ambiante.
Au milieu de cette agitation, dans ce calme intermittent, il déambulait tel en apesanteur.
La profondeur de son regard m'a renvoyé vingt ans en arrière.
Je n'ai pas eu besoin d'aller lui parler, ses yeux disaient déjà tout.

A l'époque, j'avais un pull à capuche vert. Mon préféré.
A l'époque, j'étais en vacances chez mes grand-parents.
A l'époque, le papier peint de la chambre était bleu. Le lino aussi, d'ailleurs.
A l'époque, je jouais a l'apnéiste, au bord de mon lit.
A l'époque, ils m'avaient emmené au cinéma.
A l'époque, je crois que c'est le regard de cet homme qui avait crée chez moi ce sentiment que tous les hommes sont calmes, doux, bienveillants, sereins.
Depuis, j'avais eu le temps de déchanter, de découvrir que la vie est une pute en fin de carrière, qui tapine plus par habitude qu'autre chose. Une pute au grand coeur, parfois, mais qui te fait payer chaque passe, aussi salvatrice soit-elle.

Hier, j'ai vu que dans son regard, rien n'avait changé. Dans son attitude aussi, tout était bienveillant.
Et j'ai pensé très fort à mon pull fétiche de l'époque. Un pull à capuche vert.
J'ai retrouvé dans les yeux de cet homme-là la sérénité de mes 8 ans.

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